Fibromyomes
utérins
par Marie Bredon
Tumeurs bénignes, très fréquentes,
développées aux dépens du muscle utérin pendant
la seule période génitale, elles n'existent pas avant la
puberté et involuent après la ménopause. Leur nombre,
leur volume est très variable.
Ils peuvent s'associer à :
-
des polypes muqueux intra-utérins,
-
une endométriose.
Leur siège: - par rapport à l'utérus
:
-
fibrome du corps: 96 %,
-
du col: 3 %,
-
de l'isthme: 1 %.
schéma n° 1
- par rapport aux tuniques musculaires:
-
interstitiels: ils déforment alors la
cavité utérine, ce sont les plus fréquents et le diagnostic
aisé.
-
sous-séreux: ils peuvent être pédiculés,
source alors d'erreur de diagnostic (avec le kyste de l'ovaire en particulier)
et susceptibles de se compliquer (torsion).
-
sous-muqueux: sessiles ou pédiculés,
ils réalisent alors un polype pouvant
s'extérioriser par le col de l'utérus. Les conséquences
sont essentiellement:
-
la compression des organes de voisinage (rectum, vessie).
Symptomatologie
A. Les circonstances de découverte
1. Dans la plupart des cas, ils sont asymptomatiques
et c'est lors d'un examen gynécologique systématique
que l'on pourra faire le diagnostic.
-
Parfois, c'est lors d'une complication révélatrice
que l'on est amené à découvrir le fibrome.
2. Soit hémorragies: ce peut être
tous les types d'hémorragies mais plus volontiers des :
-
méno-métrorragies: c'est-à-dire
des règles qui frappent par leur durée anormale, de
dix à quinze jours. Leur caractère indolore au début,
leur abondance dont la conséquence à long terme est
une altération de l'état général avec anémie
parfois importante.
3. Soit signes de compression:
-
vésicale en avant, entraînant une dysurie,
pollakiurie,
-
rectale en arrière, entraînant constipation,
pesanteur anale,
-
exceptionnellement: urétérale, gravissime
car elle évolue à bas bruit, entraînant une mort
lente du rein si l'obstacle que constitue le fibrome n'est pas levé
chirurgicalement.
4. Soit torsion: c'est l'apanage des fibromes
pédiculés, le diagnostic différentiel se pose
avec celui du kyste de l'ovaire qui peut lui aussi se compliquer de torsion.
Elle se manifeste par un syndrome douloureux abdominal, volontiers pseudo-appendiculaire
et la confirmation du diagnostic se fait souvent à ventre ouvert.
5. Soit nécrobiose aseptique: évolution
plus volontiers propre à l'utérus gravide car le fibrome
se ramollit. Elle associe fièvre et douleur pelvienne; le
diagnostic n'est fait qu'à l'ouverture de la pièce devant
une coloration violette caractéristique.
6. Soit infection: associée
à une endométrite, une salpingite, source de difficultés
opératoires extrêmes.
7. Soit enfin, de façon très
exceptionnelle, dégénérescence maligne: il
s'agit alors d'un sarcome.
B. Stérilité
En particulier avortement précoce à
répétition, accouchement prématuré, peuvent
amener les patientes porteuses de fibromes à consulter.
C. Une complication obstétricale:
dystocie dynamique liée à un
myome utérin formant obstacle praevia.
Quelles que soient les circonstances de découverte,
seul l'examen clinique soigneux peut affirmer le diagnostic.
La technique doit être rigoureuse: sur table
gynécologique, vessie et rectum vides.
Tantôt le diagnostic est aisé, par le
seul examen de la paroi abdominale qui présente une voussure. A
travers cette voussure, on peut palper une masse de consistance variable,
indolore.
Le toucher vaginal combiné au palper abdominal
montre:
1. Un utérus augmenté
de volume, bosselé par une ou plusieurs masses arrondies, lisses,
fermes, indolores.
2. Une masse latéro-utérine
déviant le col dans un cul-de-sac et dont le caractère essentiel
est de faire corps avec l'utérus, sans sillon de séparation,
mobilisable avec lui par la main abdominale et les doigts vaginaux.
Dans tous les cas, on n'aura pas oublié:
e l'examen du cul-de-sac pour l'étalement des annexes,
-
rechercher la notion d'incontinence d'urine à
l'effort.
Ailleurs, l'examen n'est pas démonstratif, il
n'existe qu'une augmentation globale de l'utérus. Il faut alors:
-
bien interroger la patiente,
-
lui faire préciser la date de ses dernières
règles, et au moindre doute demander:
-
réaction biologique de grossesse,
-
une écho-tomographie n'est pas réalisable
partout, mais elle a l'avantage de préciser s'il y a ou s'il n'y
a pas grossesse.
Le diagnostic de grossesse éliminé, on
peut demander:
-
une hystéro-salpingographie en l'absence
d'infection, ou d'une hémorragie importante. Elle est réalisée
avec des produits hydrosolubles, en remplissage, réplétion
et évacuation sous plusieurs incidences. Elle objective:
-
rarement un fibrome calcifié sur le fond,
-
souvent elle montre un utérus de gros volume,
une cavité irrégulière déformée, agrandie,
avec des lacunes.
Cependant, en cas de fibrome pédiculé,
l'hystéro-salpingographie a l'avantage de vérifier l'état
des trompes, image d'hydro ou pyosalpinx permettant de prévoir des
difficultés opératoires supplémentaires.
On complète l'examen par:
-
une numération formule sanguine,
-
un cliché thoracique, un électrocardiogramme.
Et si on redoute une compression urétérale:
-
une urographie intraveineuse.
Le traitement
Il dépend du retentissement du fibrome
et surtout de l'importance du saignement.
1. Soit abstention thérapeutique:
devant un fibrome asymptomatique, sans risque évolutif lié
au siège, isolé et à condition que la surveillance
reste régulière. C'est le cas le plus fréquent.
2. Le traitement médical: n'est
que palliatif, il permet:
a. en urgence: d'enrayer une hémorragie
par:
-
Méthergin (R) IM: on peut aller jusqu'à
4 à 5 injections IM/ 24 heures. Le relais est ensuite pris par:
-
Méthergin gouttes: à la dose de 30 gouttes
x 3/24 heures jusqu'à l'arrêt de l'hémorragie. On lui
associe les antispasmodiques types:
-
Spasmavérine (R): suppositoire ou en injection
IM: 2 à 3 par 24 heures.
b. en traitement de fond: il fait appel
à la progestérone ou les progestatifs de synthèse
dans la deuxième partie du cycle. Il permet parfois d'atteindre
la ménopause après laquelle le fibrome cesse d'évoluer.
-
Lutométrodiol (R): 2 cp du 15e au
25e jour du cycle en prenant la fin de l'hémorragie comme
date de début du cycle pendant deux mois, puis:
2 cp du 10e au 25e
jour du cycle quand les hémorragies se sont stabilisées,
soit:
-
Orgametril (R): aux mêmes doses.
Les androgènes sont totalement abandonnés.
3. Soit curetage hémostatique et
exérèse par voie basse des polypes sous-muqueux pédiculés.
4. Le traitement chirurgical et ses
modalités ne sont fonction que:
-
du volume du ou des fibromes.
Méthodes :
-
Myomectomie réalisée par énucléation
du fibrome, hémostase et capitonnage de la loge.
Avantage: conserve et même restitue les
possibilités de grossesse, de règles normales.
Inconvénients: - récidive possible,
impossibilité technique entraînant l'obligation d'une:
b. Hystérectomie totale ou subtotale
(c'est-à-dire conservant le col, à la condition qu'il soit
sain) avec ou sans conservation des trompes et des ovaires.
Conclusion
Le fibrome est une maladie bénigne, fréquente,
souvent bien supporté. La chirurgie s'adresse aux fibromes compliqués
(hémorragie, compression, ou volume trop important).
Développement et Santé,
n°34, août1981